La fromagerie, vue de haut
Après le stage du 3 au 9 juin, j’effectuai ma « mission » du 10 au 25 juin. C’est Jean-Luc qui m’y emmena en voiture, avec encore tout le chargement du stage dans le coffre. Direction la Tinée, dans les Alpes-Maritimes.
Nous sommes passés par le col de la Bonnette où passe la plus haute route d’Europe. On y a croisé marmottes, reste de neige et grêle récente. Puis c’est Saint-Etienne de Tinée. On arrive ! Elle est là, la fromagerie. J’observe les lieux, j’essaie de me rendre compte où j’ai bien put atterrir. Le premier avec lequel je fis connaissance, c’est Volcan, l’énorme patou.
Aussi grand que les chèvres. Ce sont elles que je vis en second. Puis Jérémy, le fils de Jean-Claude l’un des éleveurs.
Enfin Jean-Luc manifesta notre présence, et je fis connaissance avec tout le monde. Billy, le chien de conduite duquel il faudra me faire obéir.
Jean-Claude et Hugues, les deux éleveurs associés et Dominique, un stagiaire avec qui je partagerai la caravane.
Oui parce qu’ici pour les écobénévoles, c’est tout confort ! Parce que ce sont des chèvres à lait, elles sont rentrées à la ferme tous les soirs pour la traite. Donc la nuit pas de surveillance, dodo ! Et dans une caravane aménagée s’il vous plaît…
Après une semaine dans la boue, ma tente trempée, et une seule douche à l’eau froide, je peux vous dire que j’ai sut apprécier ce logement en dur et avec douche chaude tous les soirs !
Une journée à la ferme commence à 6h00. Je me levai si j’en avais le courage, et j’avouerai que ça m’est pas arrivé souvent ! Mais Dominique, lui, était bien obligé (et toc ! ;-) ) lol. Il faut faire la première traite de la journée, et les fromages.
Dominique qui fait les fromages
Puis je monte avec les chèvres à 9h00, et je ne rentre le soir qu’à 18h00. Là, traite du soir, que je fis presque à chaque fois. Fin de la journée aux environs de 19h30.
Moi à la traite
Mon rôle, surveiller le troupeau en journée. 50 chèvres selon Hugues, 44 chèvres et 19 chevreaux selon Jean-Claude. Jean-Claude prit l’habitude de m’accompagner au début de la montée, puis je restai seule avec le troupeau jusqu’à 18h00. Monotone me direz vous… pas du tout ! Chaque jour un parcours différent. Car c’est moi qui mène le troupeau jusqu’au point d’eau, mais je laisse les chèvres aller où bon leur semble le reste de la journée. Et je les suis.
Le point d'eau. Le petit tuyau noir que l'on voit à gauche, emmene l'eau jusqu'à la fromagerie.
Le premier jour, je ne connaissais pas le terrain et j’ai carrément perdu le troupeau. En tentant de redescendre comme je pouvais ce terrain très escarpé, je suis tombé du même coup sur le squelette d’un animal prédaté par le loup. "Oh là là ! Et les chèvres qui sont toutes seules !". J’apprendrai plus tard qu’il s’agissait d’un agneau du troupeau de brebis du cousin à Jean-Claude. Pour le premier jour, j'avais déjà gagné au loto…!
Après je fis connaissance avec l’endroit, et j’allai jusqu’à me demander comment j’avais réussit à m’y perdre lol. Tous les jours, les chèvres me faisaient découvrir des endroits nouveaux. Celui que j’ai préféré, c’est le plus loin que je sois allée à droite de la fromagerie. En dépassant ce fameux vallon de droite, j’arrivai à deux granges, puis entrai dans une forêt. Un peu plus loin encore, coulait une rivière, traversée par un petit pont de bois. Des sources, yen a un peu partout sur le territoire. Mais ce que j’ai beaucoup aimé ici, c’était l’exceptionnelle fraîcheur. Alors qu’à la cime des arbres le soleil brûlait, je me serais crus dans une grotte !
Mais le plus souvent, mes biquettes m’emmenaient dans les rochers, au-delà des prés et des forêts. Dans ces endroits où vaut mieux pas tomber, sinon on tombe de haut. Là où la végétation n’a rien sut créer sans piquants ! Mais il n’empêche que sous ses apparences difficiles, cet endroit est un paradis.
Dans le troupeau, chaque chèvre est unique.
En quinze jours je n’ai pas eut le temps de bien toutes les connaître, mais il y en a certains que j’ai vite repérés. Surtout des chevreaux. Par exemple, une chevrette que j’avais surnommé « P’tit biquet » et le numéro 19, les deux cancres du troupeau, les deux trainards.
P'tit biquet
N°10, c’est un vrai pot de colle : elle se met au milieu du chemin, attendant qu’on avance pour nous suivre mais bloquant le passage… comme les autres, elle aime grignoter les sangles de mon sac, mon tee-shirt, mes cheveux ou mes doigts, mais elle, elle mord vraiment !
Et puis « ma poulette » ou « ma biquette », ma préférée… une chevrette de l’année, noire et sans corne, mais téméraire ! Elle n’hésite pas à s’attaquer à des adultes encornées ! Dés que je m’assoie, elle me grimpe dessus. Si on s’arrête mais que je reste debout, elle me grimpe dessus aussi lol. Elle me suit comme un petit chien, et j’ai bien faillit l’emporter chez moi dans le Médoc lorsque je suis partie lol.
En ce qui concerne la météo, sur quinze jours, je n'ai eut qu'une journée d'orage, et deux autres de mauvais temps.
Journée d'orage: je trouve refuge dans une vieille grange au toit percé. Les chèvres ne tarderont pas à me rejoindre sans que je le veuille...! Et l'une d'elle passera même au travers du beau plancher tout pourri...
Le reste du temps, il faisait beau et chaud.
La journée la plus belle que j’ai passée : elle n’était pas trop chaude, les chèvres n’étaient pas montées très haut. Mais plus en altitude, au niveau des rochers, je vois soudain passer une biche, puis un cerf, et puis Volcan (le patou) qui leur courrait après. « Magnifique », pensai-je tout haut. Quand tout à coup, le cerf apparu entre les arbres, juste devant moi. Immense ! Avec des bois hauts mais fins, encore recouverts de velours. Essoufflé, terrifié par la bête blanche qui le poursuivait, il me passa juste à côté en courant. En tendant le bras, j’aurais put le toucher ! J’étais clouée. Pour le coup, Billy le chien de conduite se joignit à Volcan dans la poursuite, et je perdis momentanément les deux chiens. Mais…waouh !
Certains soirs, Jean-Claude nous invitait, Dominique et moi, à manger chez lui. Il habite juste au-dessus de l’étable : juste quelques mètres à parcourir, entre la caravane et sa maison. Un soir ce fut chez Hugues que nous allions, lui habite à quelques kilomètres. Et le soir, sur la route, en rentrant, nous avons vu deux chevreuils. Classique, mais on est toujours heureux de voir ça. Une fois, j'ai même eut droit à une invitation au restaurant, avec la famille de Jean-Claude, ses amis et Jean-Marie, un écobénévole habitué de la fromagerie.
Au restaurant. Maison d'hôtes à St-Dalmas, tenue par des amis à Jean-Claude.
La semaine est rythmée par le travail à la ferme, les livraisons et les marchés. Le vendredi, c’est le marché à Isola, à quelques kilomètres de là. Le samedi, marché à Nice. C’est plus loin…
Et évènement particulier, dimanche 24 juin, c’est la fête de la transhumance à Saint-Etienne de Tinée.
On y emmena 15 chevreaux. Il y avait aussi un troupeau de brebis sur la place, avec trois floucats. Les floucats, ce sont des béliers castrés, avec d’énormes sonnailles (cloches), peinturés de partout et avec des pompons sur le dos. Un troupeau sans floucat, c’est pas un troupeau !
Bergère habillée à l'ancienne et son floucat
C’est ce qui manque dans un troupeau de chèvres… mais dans celui de Jean-Claude, il y avait Mémé, pour rattraper le coup ! Mémé, la « vétérante » des chèvres, elle ne donne même plus de lait depuis 2 ans. 12 ans, l’âge de la fromagerie…
Pour revenir à la fête de la transhumance, il y avait aussi beaucoup de stands, dont le stand à fromages de la ferme, tenu par Hugues.
Des bergers habillés à l’ancienne, la renaissance d’un fructueux passé le temps d’une journée… Et puis pour tout gâcher lol, Christian Estrosi, fraîchement réélu député des Alpes-Maritimes et nommé ministre de l’outre mer, vint faire son discours. Beuh ! "20 ans que je ne manque pas ce rendez-vous" qu’il a dit. Mais selon Jean-Claude qui pourtant l’aime beaucoup, la fête de la transhumance n’existe même pas depuis 20 ans… ah, ces politiciens !
Cette fête, ce fut mon dernier jour. Laurence était aussi là, mais elle pour sa première journée : elle me succédera.
J’ai eut beaucoup de mal à partir. Si seulement j’avais pus ne pas partir… mais qu’importe ! L’an prochain même jour, même heure, je serais là !
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